Ces temps-ci on commémore mai 1968, quarante ans déjà, et ça ne fait que commencer. Compte tenu de ce qui s'est passé, et comment ça s'est
terminé, j'en ai déjà marre, alors j'avoue que je vois arriver mai avec à la fois de l'appréhension et un oeil noir.
En mai 1968 tout a été mis en cause : l'emprise de la société et du patronat sur les individus ; la rigidité de la morale
sexuelle ; le machisme social ; l'enseignement comme courroie de transmission sociale. Tout. En 2008, que se passe t'il ? Pour ceux qui bossent, métro - boulot - dodo est toujours d'actualité
: la démocratie sociale n'a pas avancé d'un pouce. C'est le patronat qui décide qui bosse ou non, et de plus en plus puisque le nombre des fonctionnaires est en diminution. Le machisme
social en France est toujours aussi présent : combien de maires femmes ? De députées ? Bien peu. Pour la morale sexuelle, on assiste à un retour sans précédent d'une Église catholique
intégriste, intolérante, rétrograde, et à un recul de l'enseignement public sans précédent.
Voilà pour un bilan, en deux mots, sombre, sans concessions.
Qu'est ce que ce fut, mai 1968 ? Un mouvement insurrectionnel contre l'ordre établi, contre la guerre au Vietnam, contre
l'emprise du capital. Comment ça c'est fini ? Les syndicats et un certain nombre de politiques ont récupéré le mouvement pour obtenir une hausse importante des salaires. Traduction en clair :
le gouvernement de droite ont négocié avec le patronat de façon que ceux ci paient, et alors les révoltés se sont couchés tout simplement.
Je voudrais rappeler ce qui s'est passé le 29 mai 1968. De Gaulle, ce vieux renard - Dieu ait son âme - est allé prendre du
recul à Baden-Baden pour s'assurer que si les choses tournaient vraiment mal, l'armée soutiendrait le Général. Il y a eu ce jour-là, à Paris, une manifestation monstre, la plus grosse qu'il y
ait jamais eu lieu à Paris. Lorsque certains ont soumis l'idée de prendre l'Elysée, les communistes - qu'ils aillent au diable, ils ont bien mérité leur décrépitude -les communistes,
disais-je, ont freiné les quatre fers.
Le 30 mai, De Gaulle est rentré et a annoncé d'une voix tranchante : "Je ne me retirerai pas". Ce vieux salopard a eu un coup
de génie : il a fait sa déclaration, dès son retour dans l'après-midi (et non pas à 20 heures) sans passer à la télé : l'homme était vieux, et à la base, c'est la jeunesse qui se révoltait.
L''homme de l'appel du 18 juin a compris qu'il ne pouvait qu'utiliser la radio. Il a lancé son appel du 30 mai et a dissous l'Assemblée Nationale : dans les jours qui ont suivi, les
contre-manifestants ont déboulé et De Gaulle a eu une majorité confortée à la Chambre.
Fin des évènements. Tout le monde était content : les politiques, qu'il n'y ait pas eu de sang versé ; les salariés, de voir
s'arrondir leurs revenus ; les étudiants, parce qu'enfin ils allaient pouvoir baiser tranquille.
Les années suivantes ont été pénibles, parfois atroces. En France quelques gauchistes et un certain nombre de patrons y ont
laissé la peau. Requiescant in pace. En Italie avec les Brigades Rouges et an Allemagne avec la bande à Baader, (descendants des mutins de mai), ce furent des années de plomb, au point que,
dans les méthode, la démocratie a vacillé sur ses bases tant les extrémistes ont commis d'atrocités, parfois purement gratuites.
A long terme, les meneurs, style Geismar ou Cohn-Bendit, sont devenus des institutionnels. Tous ces messieurs des barricades
sont devenus hauts fonctionnaires ou politiques reconnus. La démocratie n'y a rien gagné, dans ce mouvement : le pouvoir est exercé de la même façon et les minorités traitées abusivement de
la même façon en 2008 qu'en 1968. Sans doute même pire (immigrés dits "irréguliers"...)
Alors mai 68, y a basta. Que ceux qui veulent lancer un mouvement de grande ampleur - et qui sont fondés à le faire compte tenu
de la situation - seraient bien avisés de ne pas chercher de modèles dans ce mouvement-là, (au risque d'être considérés comme réactionnaires), ou alors ils seront balayés à coup de fric,
comme lors du fameux Grenelle.
© Racaille-du-69 (Hesbée)
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